S'occuper autrement : un carême au Jardin du Créateur

C'est reparti pour une deuxième année de carême avec God save the Green ! Pas question de passer à côté de l'option "bricolage" : voici la proposition de ce carême 2021.

Grâce à la créativité collective, il est assez simple de trouver milles et une idées de bricolage autour de Pâques et du carême. J'ai cependant été étonnée que l'on trouve si peu de lien entre la Création et ce temps de désert ... Alors voici une idée pour vivre le carême sous un regard contemplatif, à la lumière de l'encyclique Laudato Si'.


Pour ce bricolage, il vous faut :

- de la pâte à sel ou de l'argile auto-durcissante,

- de la ficelle fine ou de la laine,

- une branche,

- en décoration : de la verdure (ici j'ai pris des feuilles d'olivier).




Attention : sur les photos de cette article, il y a une erreur dans l'ordre des pastilles. Correction (de gauche à droite) : la palme, le calice, l'arbre, les croix, le tombeau.


Réalisation :

- Imprimer si besoin les motifs si dessous pour vous aider :



- Protéger la table. Modeler cinq ronds plats à l'aide des motifs (comme patron) ou à l'aide d'un verre retourné afin soient de tailles égales, ainsi qu'une croix. Pensez à faire un trou bien large pour passer la ficelle plus tard !

- Faites cuire ou laisser sécher la pâte (pour l'argile cela peut prendre deux jours !)

- Une fois les cercles et la croix sèchent, peindre les six motifs.

- Passer une ficelle et suspendre les six pastilles à une belle branche.


Ici j'ai ajouté au niveau de la branche, cinq petites clochettes pour nous rappeler la symbolique des cloches qui annoncent la Résurrection du Christ à Pâques.



Le choix des motifs sur les pastilles :


1 - Lors des Rameaux, la Création est un support pour célébrer la grandeur du Christ qui se présente pour la première fois au peuple comme étant le fils de Dieu. Les branches de Rameaux sont posés au sol pour créer un tapis sur lequel passera Jésus, et d'autres lèvent les palmes vers le Ciel pour l'acclamer. Jésus est porté par une ânesse, tel un Roi de pauvreté et de simplicité : il n'a pas de beau cheval majestueux, mais juste un âne. Ce même âne qui porta la Vierge Marie jusqu'à la crèche.



L'univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre. L’idéal n’est pas seulement de passer de l’extérieur à l’intérieur pour découvrir l’action de Dieu dans l’âme, mais aussi d’arriver à le trouver en toute chose, comme l’enseignait saint Bonaventure : « La contemplation est d’autant plus éminente que l’homme sent en lui-même l’effet de la grâce divine et qu’il sait trouver Dieu dans les créatures extérieures » - Laudato Si' 233

2 - La Cène est le dernier repas de Jésus avec les douze apôtres, il bénit le pain et le vin, symboles de son sang et son corps sacrifiés pour sauver les hommes. Lors de la messe, le prêtre reprend l'hostie et le calice en prononçant ces paroles :

Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes ; nous te le présentons : il deviendra le pain de la vie. (...) Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes ; nous te le présentons : il deviendra le vin du Royaume éternel.


Pour découvrir un peu plus le sens du pain et du vin, je vous recommande de lire cet article : Du pain et du vin (ens.fr) ou de lire le passage sélectionné qui suit :

" « Vous ferez cela en mémoire de moi » Pour le chrétien, il s'agit d'un appel : tant que le Christ n'est pas revenu, il nous faut travailler pour continuer à produire le pain et le vin du Saint Sacrement dont nous avons besoin pour que le Fils demeure en nous. Et ce travail ne s'arrête pas là ; nous devons entretenir toute la Création et veiller sur elle, car c'est par elle que Dieu entre au plus profond de nous-mêmes. Le Christ ne vient pas à nous d'une façon abstraite, mais dans une nourriture que nous avons nous-mêmes produite : Il ne veut rien faire sans nous, nous sommes responsables de Sa présence dans le monde, car c'est nous qui transformons le blé et le raisin pour en faire le pain et le vin que nous mangeons pour devenir Temple du Christ. Il est toujours au commencement, puisque c'est Lui qui nous donne le pain et la vin (Il en est le Créateur), c'est Lui qui en fait Son Corps et Son Sang, c'est Lui qui se livre pour nous, mais cela ne nous laisse pas sans rien à faire. Tout vient de Lui, tout passe par Lui, tout est pour Lui, mais Il nous demande de l'accueillir et de travailler à Son avènement. " - Marie-Amélie Dutheil


L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, « la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même ». C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création - Laudato Si' 236

3 - Tout se passe au jardin : Juste avant son arrestation, Jésus s'en va prier avec ses disciples qui faiblissent et s'endorment. Il reste seul, à implorer son Père et à prier au jardin de Gethsémani. Jésus ne sera cependant pas arrêté dans ce jardin, mais dans une oliveraie un peu plus loin.

Quarante jours après sa résurrection, Jésus monte au Ciel devant ses disciples, depuis le Mont des Oliviers (Ascension). L'olivier est un symbole fort des Rameaux à la mort du Christ.

Source du passage suivant : Symboles (unige.ch)


L’olivier représente, à travers l’histoire du déluge et de l’arche de Noé, l’arbre de la renaissance : après 150 jours de crue, lorsque les eaux commencèrent à baisser, l’arche se posa sur le mont Ararat, Noé lâcha alors une colombe pour voir si le sol était sec. La colombe revint avec un jeune rameau d’olivier dans le bec, symbole de la paix et de la réconciliation avec Dieu qui avait provoqué ce déluge pour punir l’homme de sa tendance au mal. Le rameau d’olivier est alors « signe, dit Dieu, de l’alliance que je mets entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir ».

L’huile d’olive est un des principaux composants dont Moïse doit se munir pour préparer, à la demande de Yahvé, l’huile de la « sainte onction » dont Moïse devra oindre l’Autel, l’Arche de l’alliance et ses fils. L’onction à l’huile d’olive, devient avant chaque culte le symbole de lumière et de pureté.


Dans les Eglises catholique et orthodoxe, l’huile d’olive mêlée de baume constitue le saint chrême, utilisé pour les onctions à divers moments et plus particulièrement au début et à le fin de la vie chrétienne pour symboliser la participation à la force de Dieu.

L’olivier symbolise aussi le sacrifice puisque c’est au mont des Oliviers, dans le jardin de Gethsémani (en araméen « le pressoir à huile »), que Jésus lors de sa passion passa la nuit à prier avec ses disciples et l’on raconte que huit des oliviers qui virent Jésus vivent encore aujourd’hui. L’olivier, enfin, symbolise l’amour car c’est sur une croix en bois d’olivier que Jésus donna sa vie.


Alors que “cultiver” signifie labourer, défricher ou travailler, “garder” signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature. Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures ; car, en définitive, « au Seigneur la terre » (Ps 24, 1), à lui appartiennent « la terre et tout ce qui s’y trouve » (Dt 10, 14) - Laudato Si' 67

4 - Le bois de la Croix : l'arbre est un lien entre le Ciel - Dieu, et la Terre -l'Homme. Ses racines rencontrent le centre de la terre tandis que ses branches s'élèvent vers le Ciel. Dans les écritures, l'arbre symbolise la foi : « Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit. » (Jr 17, 8)


Le bois des arbres accompagnera le Christ : du bois de la mangeoire et de l'abri de la crèche dès sa naissance, au bois de la barque où Il calma la tempête, jusqu'au bois de la Croix qu'Il porte et sur laquelle Il expira.


Les extraits suivant sont issus de cet article d'Aleteia : Les arbres et leur belle signification dans la Bible (aleteia.org)


LE POMMIER. LA CONNAISSANCE DU BIEN ET DU MAL. C’est autour de cet arbre que se manifeste le début de l’histoire du Salut : « Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (Gn 2, 9). Il est permis à l’homme de manger de tous les fruits de la terre, à l’exception de ceux de cet arbre : « tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. » (Gn 2, 17). Si la tradition juive voit souvent un figuier, au Moyen Âge, la tradition chrétienne identifie l'arbre à un pommier.


LA CROIX. L’ARBRE DE VIE. Il est l’arbre de mort, le seul arbre qui n’est pas sorti de terre, il est celui planté par la main des hommes : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice » (Ac 5, 30). C’est en lui que Dieu sauve son Fils et toute l’humanité. L’arbre de mort se transforme en arbre de vie.


LE JARDIN DES OLIVIERS. LA PASSION. « Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » (Mc 14, 32-34). Gethsémani, le « pressoir d’olives », est le lieu de l’agonie du Christ.


LE CHÊNE DE MAMBRÉ. LA FORCE ET LA SAGESSE. « Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. » (Gn 18, 1, 2). C’est sous le chêne de Mambré que Dieu manifeste sa force et sa sagesse, en annonçant à Abraham sa mission de conduire son peuple. Le chêne, l’un des arbres les plus nobles de la création, comme celui où Saint Louis écoutait son peuple et rendait la justice.


La Création peut être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle - Laudato Si 76


Une lecture : Trois arbres pour un Prince, de Martine Bazin (dessin de Joël d' Abbadie) un sublime album de trois jeunes qui, part le travaille du bois, accompagne Jésus tout au long de sa vie.



5 - Jésus jardinier : alors que Marie-Madeleine cherchait à voir et retrouver Jésus dans sa présence physique, elle trouve le tombeau vide. Deux anges se présentent à elle pou rendre visible l'invisible : Jésus ressuscité. "La relation précédente avec le Jésus terrestre n'est désormais plus possible", nous dit Benoit XVI. Marie-Madeleine ne retrouve pas le Seigneur (Jean 20, 14-15) : En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.


Les passages cités ci-dessous proviennent du livre Moi j'étais fait pour être jardinier de Michel Faucheux :

" Pour accéder au mystère de la Résurrection, il faut donc abandonner le regard physique, s'engager dans un processus de reconnaissance qui est d'un nouvel ordre spirituel et symbolique (...) Le jardinier est le conservateur de la Nature, mais aussi son facilitateur et son révélateur : il aide à être, croître, embellir, donner du fruit, au point que son action puisse devenir invisible. Car il se confond avec la plante, il est la Vigne (Jean 15, 1) : Je suis le vigne véritable, et mon Père est le vigneron. (...) Marie de Magdala est l'introductrice. Elle annonce aux disciples la montée de Jésus vers le Père et devient la jardinière du annonce la métamorphose du jardin de la mort (Gethsémani) au jardin de la Résurrection (Mont des Oliviers et Jardin d'Eden, paradis). Le jardin est un espace de révélation, et doit être quitté. On se promène dans un jardin, on s'y attarde et s'y repose mais on doit à la fin l'abandonner pour aller dans le monde, porter la Parole. Le jardin excède son propre espace, il est un appel à la marche qui dessine l'horizon. Le Jardin est un lieu de commencements qui ne peuvent qu'êtres sans fin "
















6 - L'agneau Pascal : est le symbole de Pâques, mais aussi un nom utilisé pour parler du Christ (Agnus Dei). Il a accepté de se sacrifier pour racheter les péchés des hommes malgré son innocence et sa pureté, pour obéir à son Père.


Ce surnom fait écho au sacrifice qu'Abraham : de tuer son fils unique, en obéissant à Dieu quoi qu'il arrive. Dieu reconnait la soumission d'Abraham et sauve son fils, en lui demandant de sacrifier un bélier à la place.


Il évoque aussi les mots de saint Jean-Baptiste : "... il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde »" (Jn 1,29).


Nous utilisons cette formule lors de la messe en disant : " Agneau de Dieu qui enlève le péché du Monde, prends pitié de nous, donne-nous la Paix."


Le jour de Pâques, la tradition veut que l'on mange un agneau en souvenir de ce sacrifice et de cette obéissance à Dieu.


Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16). Le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1-18) montre l’activité créatrice du Christ comme Parole divine. Mais ce prologue surprend en affirmant que cette Parole « s’est faite chair » (Jn 1, 14). Une Personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’Incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie. - Laudato Si' 99


* Les petits dessins sur la branche choisie sont le résultat d'un parasite, appelé scolyte, qui tue les arbres. Cela parait beau mais c'est en réalité un vrai danger pour la Nature. J'ai choisi cette branche car elle avait passé plusieurs semaines dans l'eau de la Loire, et qu'elle était saine : attention à votre choix ;) *



Bonne création et beau chemin vers Pâques à tous !


Aimez, Priez, Semez,

Camille pour God save the Green


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