Les contempl'actifs: Hélène - la famille verte.

Hélène, fille d'agriculteurs bios, témoigne de son projet de vie en famille: vivre mieux, plus sainement et simplement. Un beau témoignage qui peut nous inviter à suivre l'exemple..



Présentation de la famille : qui êtes-vous ?

Nous sommes une famille de 4 enfants: Joseph bientôt 7 ans, Augustin 5 ans, Amandine 2 ans et demi et Clémence 6 mois. Mon mari Loïc travaille en CESU chez les particuliers. Jusque là il avait aussi un mi-temps dans une association qui s'est achevé au mois d'août. Moi je suis instit, j'ai travaillé quelques années à mi-temps lorsque j'avais les premiers, puis je me suis arrêtée avant la naissance d'Amandine. Je suis donc dans ma 4° année de congé parental. Nous avons tous les 2 faits de nombreuses années de scoutisme qui nous ont beaucoup apporté et construit!


Quel a été l’événement motivant un changement ?


Mes parents étant agriculteurs bio, je suis depuis toute petite sensibilisée à la question de la qualité alimentaire et à la préservation de l'environnement. Malgré cela, étudiante, je me suis nourrie en supermarché sans trop me poser de questions... Je crois qu'il y a eu 2 éléments pour moi qui ont favorisé le changement: quand je me suis installée dans l'Aveyron avec mon mari, nous avions un petit bout de terrain, et cela m'a alors paru évident, essentiel et indispensable de cultiver un bout de jardin! (et aujourd'hui je me demande comment j'ai fait toutes ces années d'études sans jardin!)J'avais toujours vu, voir aidé ma mère à faire le jardin mais à l'époque je ne m'y étais vraiment pas intéressé, donc il m'a fallu tout apprendre! La deuxième chose, c'est la naissance de mon premier enfant. Naturellement je l'ai allaité. Puis quand j'ai commencé à lui faire ses premières purées, il m'a paru important de ne pas lui donner n'importe quoi. Tant que je pouvais je lui donnais donc les légumes du jardin, puis des légumes bio que j'achetais en magasin bio ou Biocoop. Idem pour le lait ; quand j'ai dû le sevrer, j'ai acheté du lait bio. Pour un tout petit il me semblait que c'était d'autant plus important de le nourrir sans pesticide et autres produits... Petit à petit je me suis mise à acheter les fruits et légumes bio pour nous aussi, puis de plus en plus de produits. Je vais de moins en moins au supermarché classique. Par contre, ça reste la Biocoop car avec les 4 enfants je n'ai pas le temps d'aller au marché! J’ai aussi la chance d'avoir pas loin de chez moi un magasin de producteurs où je vais régulièrement.

Comment s’est faite la transition en famille ? Comment consommez-vous aujourd’hui ? (Fait maison, vrac, bio, marché, supermarché, zéro déchet ?) Cela vous demande-t-il beaucoup de temps ? (Préparation des courses, des repas, des produits ménagers fait maison ?)

Je suis maintenant adepte de la Biocoop qui est très bien et où je trouve des produits locaux. Je prends de plus en plus de choses en vrac: pâtes, riz (c'est assez récent), fruits secs, pépites de chocolat, et désormais l'huile. Par contre je ne suis pas une puriste, si le produit ne me plaît pas, je ne me force pas: par exemple je n'ai pas été convaincue par le produit vaisselle en vrac !

J'ai petit à petit agrandi le jardin familial, surtout depuis que je suis en congé parental et je me renseigne au maximum sur toutes les techniques de permaculture (qui me passionnent !). C’est utile pour faire des économies et pour le bonheur de manger mes propres légumes, sains, soignés avec amour!! Je passe énormément de temps et d'énergie à faire mes conserves pour être semi-autonome et surtout ne rien perdre : ratatouilles, sauces tomates, haricots, courgettes à toutes les sauces... des courges pour tout l'hiver. Nous avons fait une centaine de kilos de compotes l'année dernière grâce à une voisine qui nous a permis de ramasser les pommes de son pommier. Grâce à l'achat d'une épépineuse à tomate qui permet de mouliner les pommes sans les peler avant, je gagne du temps et les enfants participent! J'achète aussi fromage et viande en direct à un producteur.

Nous avons aussi pu par moment profiter de réseaux de récupérations anti-gaspillage. Dès la naissance de mon premier enfant je me suis mise aux couches lavables qui sont plus économiques, écologiques et saines pour la peau de bébé. Il y a un peu plus de boulôt en lessive mais moins de courses et de poubelles à vider, moins de débordements sur les habits et des enfants tous propres à peu près à 2 ans! Et du coup, je me suis mise aussi aux lingettes lavables et aux serviettes hygiéniques lavables ; j'en suis très contente, plus aucune irritation! J'essaye de faire moi même le liniment pour le change de bébé (même si je n'en trouve pas toujours le temps!) Un autre élément a été les ennuis de santé de mon numéro ?? qui a déclaré une intolérance au gluten. On a remplacé le pain par des galettes sans gluten, nous nous sommes rendus compte que le pain de la boulangerie d'à côté que nous consommions habituellement n'était sans doute pas top... (j'ai eu vu une émission sur le pain! Bonjour!). Du coup, on s'est interdit de continuer à l'acheter là bas. Pourtant, c'est une boulangerie super pratique pour nous.. .et le pain est bon... au goût!! Donc un peu dur... mais depuis, c'est pain artisanal, biocoop, magasin de producteurs, artisan boulanger sur le marché... ou alors je le fais à la maison. Un vrai bonheur!! Bon, mais ça dépend des périodes!

Nous faisons attention à nos déchets, même si malheureusement nous sommes bien loin du zéro déchet... Nous recyclons tout ce qui peut l'être, brûlons papier et carton pour allumer la cheminée... et nous essayons de réduire au max les emballages plastiques… mais il y a encore du chemin ! Évidement les déchets organiques sont compostés pour le jardin.

Et financièrement (notamment sur les courses : quel coût alimentaire par semaine ?)

Pour ce qui est du coût... dur dur de dire précisément... C'est sûr que ça a un coût. Après, je ne surveille pas les prix de très près et je ne fais pas un budget précis. Je vois globalement si on vit au dessus de nos moyens ou pas! Le budget course varie aussi énormément d'une période à l'autre en fonction des saisons, de la récup, de l'âge des enfants, des réserves maisons que l'on consomme, donc je ne peux pas le chiffrer.

Au niveau nourriture, je fais attention à la qualité, mais je ne me prive pas non plus, sans faire d'excès... A côté de ça, nous vivons très simplement, partons rarement en voyage (et si on part en général, c'est chez des amis, à faible coût). Au niveau loisir on est très sobres. Un ou 2 restos dans l'année, un ciné une fois ou l'autre... Après, on est bien chez nous, on passe beaucoup de temps à s'occuper de notre jardin, verger, nos animaux (lapins, canards, abeilles...) et on aime ça! Ce que l'on préfère c'est les balades dans la nature!

On ne fait pas de folies non plus au niveau matériel, on réfléchit toujours avant d'acheter, et on privilégie au maximum le seconde main au le fait local, artisanal... Bon, je reste humble ; on a parfois malgré tout recours à Amazon, même si j'essaye d'éviter au max!

Pouvez-vous nous donner un exemple d’engagement en famille autour de l’écologie ?

Il a été entendu avec nos enfants que ce n'était pas la peine d'acheter des jeux neufs quand des enfants n'utilisaient plus les leurs... Donc les cadeaux sont très souvent d'occasion. Au début, j'avais un peu honte, peur qu'ils soient déçus... Mais en fait ça passe très bien (à condition de vérifier que ce soit en état!!). Une mamie a offert une pelleteuse télécommandée qui n'a jamais pu marcher.Là forcément, il y a eu grosse déception... après le challenge a été d'essayer de réparer avec papa, et d'en profiter pour faire un petit cours d’électricité!

C'est mon mari qui a tout restauré la maison où il n'y avait que les murs et le toît en état... Comme il est très bricoleur et un peu ingénieux sur les bords, il a misé sur les économies d'énergies au maximum. Option tempo EDF avec double énergie partout. Le chauffage central est aux granulés de bois. Mais on ne s'en sert pas dans le séjour/salle à manger: nous avons un petit poêle qui suffit à chauffer l'espace de vie. Et nous chauffons aussi beaucoup avec du bois de récupération! La chaudière est coupée à différents moments de la journée où il y a moins besoin, entre autre au milieu de la nuit. L'eau est chauffée ou au moins pré-chauffée l'hiver par des panneaux solaires. Nous réfléchissons à l'installation de panneaux photovoltaïques, mais ce n'est pas sur encore!

Autre point, nous avons une citerne, qui existait déjà mais que nous avons entièrement restaurée. 13 mètres cubes qui récupère l'eau des toitures. Il y a un double circuit sur tout la maison, et donc les WC, machines à laver et douches fonctionnent tous à l'eau de citerne. Le jardin est aussi arrosé presque tout l'été avec (sauf en été caniculaire où la citerne s'est trouvée à sec...) et nous avons aussi un robinet d'eau de citerne à la cuisine pour tout ce qui ne nécessite pas d'eau potable. Nous réfléchissons à augmenter la capacité de stockage vu le changement climatique et le jardin grandissant!

Nous avons depuis 3 ans quelques ruches. Nous les bichonnons et nous rapprochons encore plus des questions environnementales à travers elles... En échange elles nous fournissent un excellent miel depuis 2 ans. Elles viennent améliorer la pollinisation de notre verger et jardin. De notre côté, nous essayons de planter un maximum de fleurs mellifères et de les soigner du mieux possible, et le plus naturellement possible.

Quel impact ce changement de pratique a-t-il eu sur votre Foi ? ou comment avez-vous donné une place à l’écologie dans votre foi ? (Écologie intégrale).


Pendant une période (bénie où nous avions encore le temps de lire! Nous n'avions alors qu'un ou deux enfants!!) nous avons lu ensemble en couple l'encyclique "Laudato si " qui nous a fait beaucoup réfléchir et discuter à ce sujet. Pour nous, notre foi va de paire avec notre amour de la nature, et nous sentons bien qu'en temps que chrétiens nous avons une responsabilité particulière à préserver notre "maison commune", à essayer de rassembler nos efforts pour "éteindre l'incendie"!

A la même période, nous avons voulu acheter un vidéo projecteur car nous aimons bien regarder des films. Il y en a un qui était bien, avec toutes les qualités que nous attendions... Mais à un prix! Nous y avons réfléchi à 2 fois. Il nous faisait vraiment envie... Nous avons considéré que nous en avions les moyens si nous voulions nous l'offrir... Mais il nous a semblé indécent de mettre ce prix là (dans les 600 euros il me semble) pour un luxe alors que d'autres meurent de faim... du coup, nous en avons choisi un plus modeste, et nous avons mis la différence de prix entre celui que nous aurions aimé et celui que nous avons finalement acheté pour une association caritative qui oeuvre localement.

Nous avons aussi choisi d'aider de manière durable par un parrainage une association qui s'occupe d'enfants chiffonniers au Cambodge. C'est un choix qui s'est fait à la suite d'un carême où quand les enfants demandaient un petit plaisir (une pizza) on leur proposait de s'en passer et de mettre l'argent que nous y aurions mis pour cet achat dans une tirelire à envoyer ensuite aux enfants qui n'ont rien à manger. Nous avons considéré que nous avions la chance de manger à notre faim et de ne manquer de rien, et que donc un petit don mensuel serait une manière de partager durablement. Nous aidons aussi quelques personnes de la paroisse dans le besoin, par exemple, en prenant en charge l'abonnement téléphonique de migrants sans papier...

Voilà ce qui me vient quand on me demande comment on essaye de vivre l'écologie en famille. Mais je reste humble, ce n'est pas suffisant, nous ne sommes qu'au début d'un chemin, il y a encore beaucoup de progrès à faire! ... Nous essayons avec mon mari de nous remettre régulièrement en question, de nous questionner: "qu'est ce que nous pourrions encore changer dans nos habitudes, nos manières de vivre, pour réduire l'impact sur la planète? ", et de petits pas après petits pas, progresser dans ce domaine, et transmettre à nos enfants ce soucis de notre planète et de la fraternité entre tous.





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"Nous avons besoin d'une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous."

© 2019 par Camille Allard pour God Save the Green.